Description
Comme
dans La Légende des gueux (1891), Marcel Schwob nous
propose, dans Vies imaginaires (1896), de survoler
l’histoire de l’humanité. Mais, au lieu de raconter des tranches
de vies de fiction, il s’attache cette fois à la biographie de
personnages réels, aux destins souvent tragiques : poètes,
artistes, princesses ou pirates célèbres (Lucrèce, Pétrone, Paolo
Uccello, Pocahontas ou le Capitaine Kid), mais aussi des figurants de
l’Histoire, dont la mémoire n’a subsisté qu’associée à un
nom plus célèbre (Cecco Angiolieri et Dante Alighieri, Nicolas
Loyseleur et Jeanne d’Arc, Gabriel Spencer et Ben Johnson) ou
encore des inconnus, n’ayant laissé qu’un nom dans des documents
d’archives (Katherine la dentellière, Alain le Gentil).
Partant des faits réels, forcément insuffisants pour saisir la
vérité d’un personnage, Marcel Schwob comble les lacunes laissées
par l’Histoire en imaginant des détails infimes et des anecdotes,
composant ainsi une série de vingt-deux tableaux singuliers,
empreints de poésie, inoubliables.
« Elle était fille d’Appius Claudius Pulcher, consul. À peine
eut-elle quelques années, elle se distingua de ses frères et de ses
sœurs par l’éclat flagrant de ses yeux. Tertia, son aînée, se
maria de bonne heure ; la plus jeune céda entièrement à tous ses
caprices. Ses frères, Appius et Caïus, étaient déjà avares des
grenouilles en cuir et des chariots de noix qu’on leur faisait ;
plus tard, ils furent avides de sesterces. Mais Clodius, beau et
féminin, fut compagnon de ses sœurs. Clodia leur persuadait avec
des regards ardents, de l’habiller avec une tunique à manche, de
le coiffer d’un petit bonnet en fils d’or, et de le lier sous les
seins avec une ceinture souple ; puis elles le couvraient d’un
voile couleur de feu et le menaient dans les petites chambres où il
se mettait au lit avec elles trois. Clodia fut sa préférée, mais
il prit aussi la virginité de Tertia et de la cadette. » (Clodia,
Matronne impudique)
Durée : 4h27min
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Illustration : Vies
imaginaires, édition de 1929 illustrée par George Barbier
(1882-1932).
Références musicales :
Henry Purcell, Œdipe,
Z583 : Music for a while, interprété par Helen Watts, Thurston
Dart, Desmond Dupré (1958, domaine public).