Description
Troisième et dernier volet de notre série consacrée aux premières
impressions automobiles. Après René
Boylesve et Maurice
Maeterlinck, voici le tour de Marcel Proust. Dans cet article
publié dans Le Figaro le 19 novembre 1907, il évoque ses
souvenirs d’un voyage en Normandie, en compagnie de son secrétaire
Alfred Agostinelli. De nouveau nous sommes frappés par ces
sensations nouvelles provoquées par la vitesse et la technique
qu’aujourd’hui nous ne remarquons plus…
« Un accident de machine nous força de rester jusqu’à la nuit
tombante à Lisieux ; avant de partir je voulus revoir à la
cathédrale quelques-uns des feuillages dont parle Ruskin, mais les
faibles lumignons qui éclairaient les rues de la ville cessaient sur
la place où la cathédrale était presque plongée dans l’obscurité.
[…] Au moment où je m’approchais d’elle à tâtons, une subite
clarté l’inonda; tronc par tronc les piliers sortirent de la nuit,
détachant vivement en pleine lumière sur un fond d’ombre le large
modelé de leurs feuilles de pierre. C’était mon mécanicien,
l’ingénieux Agostinelli, qui, envoyant aux vieilles sculptures le
salut du présent dont la lumière ne servait plus qu’à mieux lire
les leçons du passé, dirigeait successivement sur toutes les
parties du porche, à mesure que je voulais les voir, les feux du
phare de son automobile. »