Description
« Le premier livre que j’eus me fut rapporté d’Angleterre par
ma gouvernante. J’avais quatre ans. Je me souviens nettement de son
attitude et des plis de sa robe, d’une table à ouvrage placée
vis-à-vis de la fenêtre, du livre à couverture rouge, neuf,
brillant, et de l’odeur pénétrante qu’il exhalait entre ses
pages. […] Mais son odeur me donne encore aujourd’hui le frisson
d’un nouveau monde entrevu, et la faim de l’intelligence. »
« Je mettais le petit livre sur l’oreiller pour recevoir la
première pauvre lumière du jour ; et, couché sur le ventre, le
menton soutenu par les coudes, j’aspirais les mots. Jamais je n’ai
lu plus délicieusement. Il n’y a pas longtemps que j’ai essayé,
un soir, de reprendre ma vieille position de cinq heures. Elle m’a
paru insupportable. »
« Le vrai lecteur construit presque autant que l’auteur :
seulement il bâtit entre les lignes. Celui qui ne sait pas lire dans
le blanc des pages ne sera jamais bon gourmet de livres. La vue des
mots comme le son des notes dans une symphonie amène une procession
d’images qui vous conduit avec elles. »
Publié en mars 1905, quelques jours après sa mort, Il Libro
della mia memoria, évocation de souvenirs liés à la lecture
et aux livres, sa grande passion, est le dernier écrit de Marcel
Schwob (1867-1905).
Durée : 17min
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Illustration : Eastman
Johnson, Reading Boy (1863).
Références musicales :
Johann Pachelbel, Canon
à trois voix sur une basse obstinée, interprété par Ulrich
Grehling, Susanne Lautenbacher, Doris Wolffmalm, Reinhold Buhl,
Neumeyer (1958, domaine public).
